Rencontre avec TaDuc

dessinateur de l’affiche de la Fête de la Scie 2014
jeudi 9 janvier 2014

La Fête de la Scie, c’est déjà dans trois mois ! Pour concevoir le visuel officiel de ce grand rassemblement populaire, la ville d’Harfleur a fait appel au dessinateur Olivier TaDuc. Chaudement recommandé par Jung (le dessinateur de l’édition 2013), c’est à un rêveur professionnel que nous avons affaire, de la trempe de ceux qui ont la chance — et surtout le talent — de vivre de leur art.

JPEG - 27.3 ko Vous allez réaliser l’affiche de la Fête de la Scie 2014. Qu’est-ce qui vous a intéressé dans ce projet ?
C’est toujours valorisant d’être choisi pour une grande fête populaire comme la Fête de la Scie. Elle ne touche pas uniquement la ville d’Harfleur, mais toute la région. Et puis comment refuser de passer après des dessinateurs prestigieux comme Boucq, Hermann, Jung... ? Ce sont des gens que je respecte énormément. Ça me fait doublement plaisir, donc.

En parlant de Jung, que vous a-t-il dit lorsqu’il vous a passé le relais ?
Il m’a d’abord expliqué à quel point la fête était géniale (rire) en ajoutant qu’il avait eu droit à une très belle exposition. Pour un dessinateur, être exposé, c’est avoir la chance de montrer différentes étapes de son travail au public. J’ai des pages de dessins qui dorment depuis des années dans des cartons. Ce serait dommage qu’elles restent à la maison.

Venir à Harfleur, c’était important pour vous ?
Ce n’est jamais simple de trouver une idée. En venant ici, on ressent les lieux, on s’imprègne des ambiances, on visualise mieux les choses. J’ai déjà quelques idées de l’affiche grâce aux déambulations dans la ville. C’était donc très important.

Votre biographie révèle que vous avez fait deux années de médecine avant de vous lancer dans la bande dessinée. Quel a été l’élément déclencheur ?
En fait, j’ai fait deux fois la première année de médecine, ce qui n’est pas tout à fait la même chose (rire). Disons que j’ai toujours dessiné. Quand j’ai découvert que la médecine n’était pas faite pour moi, le dessin m’est apparu comme une évidence. C’est une passion que j’ai depuis tout petit et je me voyais très bien faire ce métier-là pendant plusieurs années. Je me suis donc donné les moyens de le faire. J’ai travaillé tout seul dans mon coin, j’ai tapé aux portes des maisons d’éditions et après j’ai croisé des gens dans le milieu qui voulaient faire la même chose que moi. Alors, on s’est encouragé mutuellement. C’est enrichissant ! Lorsqu’on est jeune, on est plein de certitudes ! Je savais que j’allais réussir dans ce métier. Ma seule interrogation, c’était « quand ? ». Rétrospectivement, je me dis qu’il y a une part d’insouciance, mais c’est cela qui fait la richesse d’un parcours.

Parmi vos albums, il y a la série des Chinaman, scénarisée par Serge Le Tendre. Il s’agit d’un western dont le héros est chinois. Etait-ce pour vous l’occasion de casser le stéréotype du blanchisseur asiatique de Lucky Luke ?
(Rire) Il y a un peu de cela, c’est vrai. En fait, quand j’étais gamin, mes premiers dessins mettaient en scène des cow-boys et des indiens. Naturellement, je me suis toujours dis que je dessinerai, un jour, une série de westerns. Il fallait juste que je trouve une façon originale de m’emparer du genre. De fil en aiguille, j’ai pensé à l’Asie qui a eu une part importante dans la construction des États-Unis. J’ai également repensé à la série TV Kung-Fu dont j’étais fan étant plus jeune. Et puis j’ai découvert un musée à San Francisco qui était consacré à ce sujet et je me suis dit que je tenais là mon angle d’attaque. L’avantage, c’est que ce traitement était inédit en bande dessiné et il y avait vraiment matière à raconter une belle histoire.

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Le premier album de Chinaman est dédié à deux grands réalisateurs : Tsui Hark (Il était une fois en Chine) et Chang Cheh (La Rage du Tigre). Le cinéma est-il une source d’inspiration pour vos dessins ?
Oui, énormément. C’est d’ailleurs encore le cas avec Griffe Blanche. Je voulais rendre hommage à ces deux réalisateurs car ils représentent deux générations du « cinéma de sabres » de Hong-Kong. J’ai également grandi avec les films de Bruce Lee, qui est mort lorsque que j’avais une dizaine d’année. C’était une figure emblématique de la communauté asiatique à laquelle beaucoup d’enfants se sont identifiés, quelle que soit leur couleur de peau. Le western est également un genre que j’ai découvert à travers le cinéma. Enfant, le dessin était une façon de prolonger le plaisir procuré par les films et Chinaman n’est ni plus ni moins que la réunion du western et du film d’arts martiaux.

Plus récemment, vous avez sorti Griffe blanche, un récit d’heroic fantasy imaginée à nouveau avec Serge Le Tendre. Dans quelle mesure les deux séries sont-elles liées ?
Il se trouve que beaucoup de lecteurs me demandaient si le héros de Chinaman allait retourner en Chine. Je n’avais pas prévu cela pour le personnage mais, du coup, ça m’a donné envie de raconter une autre histoire qui se déroulerait là-bas, mais dans une autre époque où je pourrais me confronter à une Chine plus ancienne et mystique. A l’instar de Chinaman, Griffe blanche est une série qui s’alimente énormément d’images cinématographiques.

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L’œuf du Dragon roi, premier tome de Griffe blanche, a été dessiné en couleur directe. C’était un défi ?
Un vrai défi ! C’étaient mes toutes premières planches en couleur directe. J’avais déjà utilisé cette technique pour des couvertures d’albums, mais sur Griffe blanche c’était un travail de longue haleine qui m’a demandé entre un an et un an et demi de travail, contre neuf à dix mois pour mes autres BD. C’est une technique avec laquelle on n’a pas le droit à l’erreur.

Vous dessinez également depuis 2008 la série Mon pépé est un fantôme. Comment est-elle née ?
C’est une idée de mon ami Nicolas Barral (scénariste de la série — ndr). Lors d’une soirée, je lui avais fait part de mon envie de dessiner dans un style différent et il m’a aussitôt proposé ce projet qui traînait depuis quelques temps dans ses cartons. Quand j’ai lu les premières histoires, découvert les premiers gags, je me suis dit que ça valait le coup qu’on le fasse. C’est ça le secret de ce métier : si on veut continuer à s’enthousiasmer, il faut savoir varier les genres, réapprendre à dessiner avec d’autres codes... Pendant des années, j’avais fait du réalisme avec Chinaman, et je m’attaquais tout à coup à une série humoristique avec Mon pépé est un fantôme. C’était une nouvelle expérience ! Quand on a quelques années de métier derrière soi et que l’on se sent soudainement redevenir un jeune dessinateur, ce n’est pas désagréable.

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Les différents albums sont divisés en saisons et non en tomes. Doit-on y voir l’influence des séries TV ?
C’est vraiment cela ! Dans notre esprit, c’est une série humoristique comme Friends ou ce genre de programme où l’on retrouve des personnages qui vivent des scènes de comédies. Mais c’est le genre même de la BD humoristique qui veut cela : les cases ressemblent à des écrans de télévision, tandis que pour une BD réaliste, on est plus proche du CinemaScope.

Tout comme Jung, vous abordez le thème du métissage et du choc des cultures dans vos œuvres.
Oui, c’est quelque chose qui me tenait à cœur. C’est pour cela, notamment, que tous mes héros sont asiatiques. A l’avenir, je pense que cela changera, mais j’avais besoin de parler de moi à travers ce que je racontais. Je pense que c’est ce qu’on peut appeler un « parcours d’auteur » même si ce que je fais s’adresse au grand public. Je n’ai pas la prétention de faire une œuvre marginale ou underground.

Pour terminer cet entretien, quels sont vos futurs projets ?
Je continue Griffe Blanche. D’autres scénaristes sont intéressés pour travailler avec moi donc on peut penser que des projets émergeront dans un futur plus ou moins proche. En tout cas, ils ne tourneront pas forcément autour de l’Asie. J’ai l’impression d’avoir fait le tour de la question. Chinaman connaîtra d’autres aventures, mais pour Mon pépé est un fantôme je pense qu’on va s’arrêter là.

Pas de projets en dehors de la bande-dessinée ?
Au cinéma, par exemple ? Comme Jung ? Non !... Il a du talent, lui (rire).

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Entretien réalisé le 17 septembre 2013
à Harfleur


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