Entretien avec Jung

dessinateur de l’affiche de la Fête de la Scie 2013
jeudi 7 mars 2013

JPEG - 89.4 ko Vous êtes le dessinateur de l’affiche de la Fête de la Scie 2013. C’était important pour vous de faire le déplacement jusqu’à Harfleur ?
En général, je fais rarement des repérages pour mes albums parce que mes histoires se passent le plus souvent... au Japon. (rires) On peut très bien raconter une histoire qui se passe là-bas sans avoir à y faire le déplacement. L’imagination fait tout le travail ! On m’avait envoyé des photos d’Harfleur et j’ai trouvé les vues vraiment jolies. Ça m’a donné envie de venir tout en me disant que le réel intérêt était de rencontrer les personnes (le collectif Fête de la Scie – ndr). Mais en faisant une balade dans la ville, j’ai découvert plein de choses. J’ai pris plein de photos qui m’aideront vraiment dans mon travail.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet ?
Ce qui m’a intéressé, c’est avant tout la Fête de la Scie elle-même. Je trouve cette tradition fascinante. L’idée que le maire offre les clés de sa ville aux artistes pour qu’ils puissent s’exprimer sans contrainte, pendant deux jours, c’est vraiment pas banal ! Et puis, il y a Cromwell (dessinateur de l’affiche 2012 - ndr) qui m’a dit : « il faut que tu y ailles, c’est génial ! » La demande venant de lui, je n’ai pas hésité une seule seconde. Je trouve très intéressant ce passage de relais entre dessinateurs. C’est un état d’esprit qui me plait beaucoup.

Comment êtes-vous devenu dessinateur de BD ?
Je suis originaire de Corée du sud et j’ai été adopté par une famille belge en 1971. J’ai senti très tôt que j’avais besoin d’exprimer ce qui relève de l’intime. En tant qu’asiatique parmi des enfants « blancs », je me posais des questions que je souhaitais extérioriser. Et en tant que petit Belge, abonné au Journal de Spirou, la culture de la bande dessinée s’est imposée à moi. Je n’étais pas plus doué qu’un autre en dessin, mais c’est quelque chose que j’ai développé au fil du temps parce que j’avais envie de raconter des choses. Je suis plus un « raconteur d’histoires » qu’un dessinateur. Si je n’ai rien à dire, je ne dessine pas. Je ne suis pas intéressé par tout ce qui est trop démonstratif. C’est la même démarche qui m’a d’ailleurs amené à faire du cinéma. Mais je pense que si j’avais grandi dans une famille de musiciens, je me serais exprimé avec une guitare. JPEG - 205.7 ko Écrire et dessiner Couleur de peau : miel, bande-dessinée autobiographique, vous a-t-il permis de coucher sur le papier vos « démons intérieurs » ?
Il y a un côté thérapeutique, effectivement, même si l’idée de faire payer ma thérapie par les lecteurs ne me plait pas beaucoup. (rires) C’est le cas dans toute profession artistique, je pense. Mais il est clair que mon envie de dessiner est née de là. C’était un besoin presque organique de me raconter. Je souhaitais développer la thématique de la quête identitaire qui est un sujet inépuisable. Ce n’est pas parce que l’on découvre que l’on a une couleur de peau différente – et qu’on l’assume – que cette quête se termine. C’est quelque chose qui est toujours en devenir, qui évolue avec l’âge.

Vous vous considérez comme un enfant de deux cultures (asiatique et européenne). Est-ce un avantage dans votre démarche artistique ?
Oui, forcément... mais il faut du temps pour en prendre conscience. Quand on est plus jeune, on voit cela comme un inconvénient. Le jour où j’ai compris que c’était une richesse, ça m’a permis de me reconstruire, à la fois sur un plan personnel et professionnel. Tant qu’on n’accepte pas ses deux cultures, on est dans l’auto-destruction. C’est une des valeurs qui me tient à cœur et que j’ai essayé de véhiculer dans Couleur de peau : miel. Pour moi, c’est une œuvre où il y a beaucoup d’énergie positive.

Comment est né le film Couleur de peau : miel  ?
Quand le premier tôme de la BD est sorti, un réalisateur de documentaires (Laurent Boileau - ndr) m’a demandé si j’avais fait le fameux voyage en Corée du sud que je promettais à l’enfant de 5 ans que j’ai été, à la fin de l’album. Il se trouvait que je ne l’avais pas encore fait, même si je le préparais depuis longtemps. Il m’a alors demandé s’il pouvait m’accompagner dans le cadre d’un film pour la télévision. De fil en aiguille, le documentaire s’est métamorphosé en projet de long-métrage mélangeant animation et prises de vue réelles. On a très vite trouvé le financement, preuve que le thème de la quête identitaire intéresse pas mal de monde, et on s’est jeter à corps perdu dans la conception du film. Après quatre années de travail, le film est sorti en juin 2012. Je l’accompagne encore dans des festivals en France et à l’étranger. JPEG - 4.9 Mo Vous êtes crédité comme co-réalisateur du film. Votre démarche était-elle la même qu’en tant qu’auteur de bande dessinée ?
Non, c’est très différent. J’ai quand même eu beaucoup de difficultés à dissocier les deux, parce que j’y raconte la même histoire. Mais ce sont deux media différents qui sont régis selon leurs propres règles. Quand on fait du dessin, on est seul devant sa feuille. On a beaucoup de pouvoir ! Un film, par contre, ça ne se fait pas tout seul. Il y a quand même 150 personnes qui ont travaillé sur ce film ; c’est une co-réalisation ; c’est une production franco-belgo-corréenne... Ça implique beaucoup de gens qui ont tous des choses à dire, mais pas forcément les mêmes que vous. J’ai dû me battre très souvent pendant quatre ans pour imposer ma vision, ce qui n’est pas toujours facile dans le cinéma, je peux vous l’assurer !

Comment s’est déroulé votre premier voyage en Corée, depuis votre adoption ?
Mon premier retour, je l’ai fait pour le film, avec 30 techniciens derrière moi. C’est très difficile d’exprimer l’intime quand on est suivi par autant de personnes. Si je l’avais fait seul, je ne l’aurais pas vécu de la même façon. Mais ça ne veut pas dire que je n’ai rien vécu là-bas, bien au contraire. J’y ai découvert énormément de chose, notamment que « l’herbe n’est pas plus verte ailleurs ». Pour moi, c’était moins un retour aux racines que le début de la réconciliation entre mes deux identités. Mes racines, elles sont aussi bien en Asie qu’en Europe.

Dans la bande-dessinée, vous exprimez clairement votre hésitation à retourner en Corée.
Oui, parce qu’ayant tellement vécu ici - en Belgique, en France - je finissais par me demander si je venais vraiment de là-bas. (rires) Mais finalement, c’était bien de faire ce voyage, même tardivement.

Vous n’êtes pas sorti de l’aventure Couleur de peau : miel  ?
Non, en effet. En ce moment, j’accompagne le film pour sa sortie au Japon, en Corée et au Brésil. Son succès à l’étranger est une nouvelle preuve que la quête identitaire est universelle ! Je travaille aussi actuellement sur le tôme 3 de la bande dessinée. Il devrait sortir au mois d’avril 2013.

Quelle période de votre vie retracera ce nouvel opus ?
A la fin du tôme 2, j’ai 19 ans. Entre cette période et aujourd’hui, j’ai encore pas mal de chose à raconter. Mon retour en Corée en fait partie.

D’autres projets dans les cartons ?
J’ai quelques albums à faire pour différents éditeurs mais rien ne se déroulant dans le Japon médiéval, univers que j’affectionne tout particulièrement. J’ai également un nouveau projet de long-métrage dans lequel les thèmes qui me sont chers seront à nouveau très présents. Mais ce ne sera pas une autobiographie. (rires) Il est temps de passer à autre chose.


Entretien réalisé à Harfleur,
le 28 septembre 2012


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